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Nous avons vu, dans notre premier article dédié à la pénurie de médecins spécialisés en France, que le délai d’attente pour obtenir un rendez-vous chez le gynécologue était de 60 jours. Pour la journée internationale des droits de la femme, le 8 mars dernier, Jean-Philippe Tanguy s’est insurgé du fait qu’un tiers des départements français manquerait de gynécologues. Des chiffres affolants qui, heureusement, ne sont pas tout à fait exacts. En effet, on comptait en France en 2007, 1945 gynécologues alors qu’en 2023, on compte seulement 816 gynécologues en exercice pour 30 millions de femmes, dont “seuls” 11 départements qui en sont dépourvus.

Le 9 mai 2024, le sénateur Jean-François Langeot attire l’attention de M. le ministre délégué auprès de la ministre du travail, de la santé et des solidarités, chargé de la santé et de la prévention sur la situation de la gynécologie médicale : “Le comité de défense de la gynécologie médicale (CDGM) demande que la gynécologie médicale soit accessible à chaque femme et que des mesures efficaces soient prises en termes de postes d'internes ouverts pour la formation de nouveaux gynécologues.”

Nous sommes allés à la rencontre du Docteur Virginie Tesnières qui a commencé sa carrière à l'hôpital et qui, depuis 14 ans, travaille exclusivement en cabinet. Son activité qui était initialement mixte est devenu une activité exclusivement de ville et cela pour deux raisons : la difficulté à se faire une place à l'hôpital lorsque l’on n’y vient qu’une fois par semaine et la seconde est la croissance de l’activité de son cabinet notamment à cause de la pénurie de médecins de ville.

Quel impact a la pénurie de gynécologues sur la qualité des soins reçus par les femmes, notamment en matière de suivi gynécologique régulier ? 

On peut distinguer trois groupes de femmes en ce qui concerne le suivi gynécologique :

  1. Les femmes déjà suivies par un gynécologue en activité : pour elles, l'impact est limité, bien que les délais d'attente pour obtenir un rendez-vous s'allongent en raison de l'augmentation constante du nombre de patientes.
  2. Les jeunes femmes débutant leur suivi gynécologique : ce groupe est le plus touché par la pénurie de gynécologues. Elles doivent investir du temps et des efforts pour trouver un professionnel, et beaucoup n'ont pas de suivi régulier. Souvent, elles alternent entre différents médecins ou se tournent vers le planning familial, voire renoncent complètement à tout suivi gynécologique.
  3. Les femmes dont le gynécologue est parti à la retraite : Ce groupe est également en difficulté car il y a actuellement plus de gynécologues partant à la retraite que de nouveaux s'installant. Ces patientes se retrouvent sans gynécologue et doivent, comme les jeunes femmes mentionnées précédemment, recommencer leur recherche, ce qui les amène à espacer leurs rendez-vous ou à y renoncer complètement.

Quels changements structurels ou institutionnels seraient nécessaires pour assurer une meilleure couverture gynécologique sur le territoire national ?

Doubler le nombre de places en internat de gynécologie

Il est primordial d'augmenter le nombre de places en internat de gynécologie mais selon moi, ce n'est pas là que réside la source du problème : La pénurie de gynécologues se manifeste en ville ainsi qu'à l'hôpital, malgré le nombre croissant de nouveaux professionnels sur le marché.

On observe un changement de mentalité chez les jeunes actifs : ils refusent de travailler les mêmes heures extensives que leurs prédécesseurs, préférant privilégier un bon équilibre entre vie professionnelle et personnelle. Ce changement de paradigme est compréhensible étant donné la pénibilité de nos métiers. De nos jours, il faut donc former deux gynécologues pour compenser le départ d'un seul.

Diminuer les charges pour aider les jeunes gynécologues à s’installer en ville

Pour inciter les jeunes médecins à s’installer, il faut absolument diminuer les charges qui pèsent sur la médecine libérale. Il y a beaucoup de jeunes qui sont dissuadés dans leur installation, outre les horaires, par les charges lourdes. Il faut également favoriser la repopulation des zones désertées par les gynécologues. Les charges pourraient être encore plus basses dans les zones dépeuplées de médecins. Le versant financier est donc indispensable

Augmenter le nombre de généralistes et former les volontaires à la gynécologie

Les médecins généralistes ne disposent pas tous des ressources nécessaires en termes de temps, de connaissances et de matériel pour assurer le suivi gynécologique de leurs patientes. Pour cela, il faut dans un premier temps être volontaire et intéressé par la gynécologie puis dans un second temps, se former en dans cette spécialité, ce qui implique de se rajouter une activité supplémentaire dans une spécialité qui est déjà en carence de professionnels. 

La consultation gynécologique va nécessiter que les médecins prennent plus de temps qu’une consultation normale. Cela va prendre du temps pour les former et du temps également sur leur consultation. Former les généralistes ? C’est une très bonne idée mais de la même façon que les gynécologues, il va falloir augmenter le nombre de généralistes. 

Former les sage-femmes 

Les sage-femmes sont très compétentes pour assurer un suivi gynécologique de routine et gèrent d'ailleurs de nombreux suivis. Cependant, en cas de pathologies, elles ne disposent pas de la formation nécessaire pour intervenir.

Comment expliquer les distinctions entre la gynécologie obstétrique et la gynécologie médicale ?

La séparation entre la gynécologie médicale et la gynécologie obstétrique s'est produite bien après que j'ai choisi ma spécialité, c'est pourquoi je ne fais pas de distinction entre mes patientes. Aujourd'hui, il est vrai qu'une différenciation existe : les internes spécialisés en obstétrique resteront travailler dans les hôpitaux ou les cliniques, tandis que ceux formés en gynécologie médicale s'installeront en ville. 

Je suis préoccupée par le sort des patientes consultant en ville pour des problèmes chirurgicaux ou obstétricaux, qui se retrouveront face à des médecins non formés pour ces spécificités. La gynécologie est une discipline mixte et intriquée. Dans le contexte de la pénurie, cela implique que les patientes doivent être suivies non pas par un seul gynécologue, mais par deux.

Comment les médecins généralistes participent-ils à la prise en charge gynécologique en France ? Comment la collaboration entre gynécologues et médecins généralistes pourrait-elle être améliorée pour mieux répondre aux besoins des patientes ?

Certains généralistes assurent le suivi gynécologique de leur patient ou pratique des IVG médicamenteuses dans leur cabinet et cela, car ils ont suivi des formations complémentaires. Mais c’est finalement peu fréquent souvent par manque de temps, manque d’envie ou à cause de trop nombreux patients lourds à devoir gérer. 

Cette ouverture au suivi gynécologique des médecins généralistes est bénéfique pour nous gynécologues. Il existe aujourd’hui de nombreux outils comme les messageries sécurisées, les webinaires, les rencontres, les formations pour faciliter l’accès à la gynécologie aux médecins généralistes. S’ils veulent se former sur une spécialité dont ils n’ont pas la formation initiale, ils peuvent s’en donner les moyens. L’idée est d'être présent si il n’y a pas de gynécologues aux alentours et d’orienter le mieux possible les patients. 

Pensez-vous que les médecins généralistes soient suffisamment formés sur les sujets de gynécologie tout au long du parcours de soins des patientes ? 

S’ils n’ont pas eu accès à une formation complémentaire, ils ne le sont effectivement pas. Ce qui serait déjà efficient pour nous, c’est que les médecins généralistes soient capables d’identifier ce qui est “normal” et ce qui ne l’est pas pour pouvoir orienter sans forcément comprendre. Se former, c’est bien, mais le plus important, c’est la pratique : si ces généralistes ne côtoient pas de femmes leur faisant confiance pour les prendre en charge, la formation théorique s’avère peu utile.

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