Article tiré du webinaire : “Prévention du suicide en établissement : défier les préjugés”

Au départ de toute formation à la prévention du suicide et à la prise en charge des personnes suicidaires, il est fondamental de travailler sur ses propres représentations. Les seules compétences et connaissances des soignants ne sont pas suffisantes : il faut pouvoir se questionner sur ses propres ressentis, sur ses idées reçues, sur ses croyances limitantes, afin d’être en mesure d’évaluer la crise suicidaire et de prendre en charge efficacement les personnes concernées. 

Que vous soyez médecin, infirmière, aide-soignant, en ville comme en établissement, vous serez confrontés plusieurs fois dans votre carrière à ce type de patient et à ce type de pensées. Chacun peut alors jouer un rôle essentiel et prendre part à la protection des personnes.

Je vous propose de déconstruire certaines idées reçues et d’évoquer quelques éléments d’évaluation et d’intervention auprès des personnes en crise suicidaire. 

LES PLUS GRANDES IDÉES REÇUES SUR LES CRISES SUICIDAIRES

Idée reçue n°1 : “Contre le suicide, on ne peut rien faire”. 

Fréquemment évoquée tant par le grand public que par les professionnels de la santé : lorsqu'une personne envisage le suicide, elle est résolue à mourir et on ne peut pas l'en dissuader. Ou encore le suicide est un """"""""choix"""""""" que l’on se doit de respecter.

Il est important de toujours se rappeler que le suicide N’EST PAS UN CHOIX. C’est le résultat d'intenses souffrances qui sont devenues intolérables. On ne choisit pas de mourir par suicide : il s’agit davantage d’une volonté d’arrêter de souffrir. Il faut donc se positionner en tant que témoin de la souffrance des personnes pour pouvoir les aider.

Idée reçue n°2 : “Le suicide, ça ne se prévoit pas.”

Le geste suicidaire peut se prévoir. Il est rarement spontané et rentre le plus souvent dans un processus appelée crise suicidaire. Faire face à l’adversité, aux événements de vie, à la maladie, va entrainer un épuisement progressif des ressources de la personne jusqu’au passage à l’acte suicidaire. Ce processus peut être plus ou moins long en fonction des personnes, de leur impulsivité, de leur soutien extérieur, etc.

Il est important durant ce processus, que l’on soit soignant en santé mentale ou en soins généraux, de pouvoir identifier les signes de détresse. Ces signaux sont souvent adressés aux proches, à l’entourage professionnel et/ou aux professionnels de santé. Evaluer un patient suicidaire, permet de mieux l'orienter vers des dispositifs adaptés.

Idée reçue n°3 : “Les personnes qui parlent du suicide, c’est finalement celles qui ne passeront jamais à l’acte. Comme elles en parlent, c’est qu’elles n’ont pas vraiment envie de mourir”.

Comme dit précédemment, le processus suicidaire n’est pas une volonté de mourir mais d’arrêter les souffrances. Souvent, les personnes qui se suicident présentent des signes ou évoquent leur intention des jours, semaines voire mois avant le passage à l’acte. Il ne faut jamais banaliser un patient qui vous parle d’idées suicidaires, il faut y être attentif. Il n’a pas moins de risques de passer à l’acte, au contraire. Il faut pouvoir se saisir de ces idées-là qui sont exprimées pour pouvoir en discuter, explorer et ainsi évaluer le risque. 

Idée reçue n°4 : “Poser la question du suicide, trop l’évoquer, pourrait encourager un passage à l’acte.”

Cette idée reçue a la dent dure : elle existe dans tous les milieux soignants, y compris pour les plus aguerris à l’exercice en santé mentale. Il faut absolument la combattre et en être convaincu : vous n’allez jamais induire l’idée du suicide à quelqu’un qui n’a pas d’idées suicidaires. Le suicide est un sujet dérangeant, un sujet qui peut être tabou avec souvent un fort jugement moral. Mais en parler permet l’expression de la souffrance et de libérer la parole sur ce sujet.

ÉVALUER UN RISQUE SUICIDAIRE EN TANT QUE SOIGNANT

Il est important de mesurer plusieurs éléments décrits par la Haute Autorité de Santé (1) :

  • 1 : le degré de souffrance. S’agit-il de la tristesse ou du désespoir ? Cette souffrance est-elle envahissante ?
  • 2 : le degré d’intentionnalité.
  • 3 : les éléments d’impulsivité, notamment via sa tension psychique, son instabilité comportementale, son agitation motrice, un éventuel état de panique, des antécédents de passage à l’acte. Un facteur important de risque de passage à l’acte suicidaire, c’est d’avoir déjà réalisé une tentative de suicide. Cela doit donc pouvoir vous alerter.
  • 4 : l’élément précipitant. Qu’est-ce qui a finalement amené à la crise ? Quels sont les éléments récents qui ont rendu la situation insupportable ?
  • 5 : la présence des moyens létaux à disposition.
  • 6 : la qualité du soutien. Ce critère va guider notre prise en charge future. Le patient a-t-il un entourage proche, qu’il soit familial, amical, voire professionnel ?

Pour organiser votre évaluation, il est recommandé d’utiliser l’échelle UDR : Urgence / Danger / Risque (ou RUD). Elle évalue 3 sphères de façon autonome : l’urgence (l’imminence du passage à l’acte), la dangerosité du moyen envisagé (létalité et accessibilité) et les facteurs de risque et protecteurs. Cette grille ne vous permettra pas de donner un score comme d’autres échelles, mais donnera des éléments pour vous guider dans votre orientation. Cette échelle va permettre non seulement d’évaluer le risque suicidaire, mais aussi de réfléchir, de tracer et de transmettre l’information. En établissement, une réévaluation régulière avec cette échelle permet d’apprécier l’évolution de la crise.

Si vous identifiez des situations dans lesquelles vos patients pourraient être en situation de crise suicidaire, si vous avez déjà été confrontés à ces cas et que vous n’avez pas su comment identifier les signaux de détresse, vous pouvez télécharger la fiche pratique sur le repérage des signes de détresse ou suivre la formation Crise suicidaire et urgences psychiatriques, co-construite avec le Dr Raphaël Gourevitch, psychiatre au CH Sainte-Anne à Paris, chef de service depuis 2014 du Centre Psychiatrique d’Orientation et d’Accueil (CPOA) et chef du pôle CPOA-SMPR-PsyLine.

À propos de l'auteur

Romain Pérot, Infirmier en Pratique Avancée (IPA) mention psychiatrie & santé mentale au CPOA du GHU Paris psychiatrie & neurosciences - Formateur Ile de France sur la thématique “Intervention de crise / crise suicidaire”.

Sources
(1) Conférence de consensus La crise suicidaire : reconnaître et prendre en charge 19 et 20 octobre 2000. Disponible : https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/suicicourt.pdf
Ressource en ligne : https://3114.fr/je-suis-professionnel/

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